11 mai 2020
Jeanne d’Arc est née d’une crise et les crises ouvrent la voie à l’innovation. Elle innova car, d’une chose, elle prêta son bras à sa prophétie. Jusqu’à là, les prophètes se contentaient d’annoncer leur vision avant de repartir une bourse en main. Or, Jeanne, non contente d’annoncer sa prophétie, s’équipa de son armure et partit avec les renforts. Ce qui mène à sa deuxième innovation. Sauf cas exceptionnels et surtout pour défendre, les femmes ne montaient pas au front. Elle, si. Elle se coupa les cheveux pour préserver les apparences, prit une échelle et se lança à l’assaut des Tourelles. C’est avec elle que se termine le Siège d’Orléans.
Jeanne n’avait aucun plan minutieusement préparé avant de partir de son petit village de Domrémy. Elle n’avait qu’une vision. Les rouages politiques, les réticences et les tergiversations sans fins s’avéraient trop nombreux pour qu’elle les affrontent. Le temps d’en extirper un, l’autre repousserait. La complexité et l’imprévisibilité la dépassaient, elles dépassaient tout le monde en fait, en premier lieu ceux qui admonestait du matin au soir en quête de certitudes. Au lieu de cela Jeanne revenait toujours à sa vision : couronner le roi à Reims. Heureusement d’ailleurs qu’elle avait cette objectif à l’esprit, ainsi que sa mission, sauver la France. Car sinon, comment aurait-elle fait ? Hormis Orléans et ce couronnement, rien ne se déroula comme prévu. On la mit en quarantaine, on l’examina, on lui donna un étendard au lieu d’un grade. Mais tout ce qu’on lui imposa, elle le fit en tirant vers cette vision, elle ainsi que tous ceux qui l’approchèrent. Certes, des techniciens avisés et de sages chefs de guerre oeuvraient dans son ombre, des experts sans lesquels elle n’aurait jamais réussi. Mais c’est son étendard ainsi que son courage que l’on suivait. Elle refusa d’offrir sa chaire, que ce soit aux canons ou à la politique. Rien n’était certain, elle prit des risques. Les siècles à venir l’en remercièrent.
Le 7 mai, en fin de journée, alors que les belligérants s’apprêtaient à rentrer pour la journée, Jeanne contre toute attente prit une échelle et se lança contre les Tourelles. Les soldats la suivirent, la populace aussi. Un carreau la toucha, on la crut morte. Les Anglais reprirent de plus belle, les Français reculèrent. Jeanne allongée, entourée de ses fidèles agrippa le carreau et l’arracha de son épaule. Elle se releva et repartit à l’assaut. Ses guerriers en eurent la chaire de poule, un souffle divin les porta. Le moral des Anglais flancha, les remparts tombèrent. Le 7 mai marquait le début de la fin de la guerre de cent ans.
Ainsi se termine cette série sur Jeanne d’Arc et l’innovation. Je remercie tous ceux qui ont pris le temps de lire jusqu’ici. Une version détaillée sera disponible en septembre sous forme de roman-documentaire.
Bon déconfinement.
Philippe Cartau