« Les Capitole Angels ont mauvaise réputation! ». 

J’ai entendu cette phrase à plusieurs reprises ces dernières années, en fréquentant le microcosme toulousain de l’innovation. A la question de savoir pourquoi, ainsi que la source de cette information, la réponse restait élusive. Elle évoquait la rapidité de traitement des dossiers, ou éventuellement la sévérité des pactes d’actionnaires. 

Pour peu que l’on se sente concerné par la réussite économique et sociale de notre région, il n’est pas possible de laisser de tels doutes sans réponses, que ce soient ceux des porteurs sur les intentions des investisseurs ou ceux des investisseurs sur les besoins des porteurs. 

En tant qu’ancien membre de Capitole Angels, je peux le dire, j’ai toujours été de l’avis que l’analyse des dossiers ne devaient pas dépasser deux mois. Pour aller plus loin, à ce niveau de maturité de l’innovation, un investissement devrait avant tout être un coup de coeur, comme un tableau d’art. Il y a des fondamentaux à vérifier, mais au-delà les éléments d’incertitude sont trop nombreux pour que l’on puisse les maitriser. Quiconque apprécie les rouages du chaos, au sens strict, apprécie l’extrême difficulté d’anticiper la réussite d’un projet encore à ses débuts. C’est d’ailleurs pour cela qu’un investisseur cherchera avant tout de bons porteurs qui savent s’adapter, plutôt qu’un bon projet. 

L’erreur vient peut-être de ce que l’on souhaite transposer les pratiques appliquées à de grandes entités, comme le due diligence, à des entités pour lesquelles la réalité est très différente. D’autres pratiques encore sont certainement à revoir à la lumière de cette distinction, entre phases d’acceptation, de croissance et de maturité.

Cependant, les errances de jeunesse n’impliquent pas de jeter le bébé avec l’eau du bain. Que l’entrepreneur qui n’a jamais fait d’erreur lance la première pierre!  Il en va pour les investisseurs comme pour les porteurs de projet, c’est un monde très dynamique où il y a beaucoup à apprendre. Comme le disait Dale Carnegie, on ne va pas licencier quelqu’un qui a fait une erreur ayant couté $100 000 à l’entreprise : c’est une leçon qui aura coûté chère, il faut la capitaliser!

Car à défaut de devenir une licorne, profitons-en tous pour devenir un peu plus sage. L’effet collatéral de tout cet entrepreneuriat est de former les uns et les autres au nouveau monde qui se dessine. Mais pour bien profiter de ces expériences, il faut commencer par accepter les règles du jeu. Quiconque sort de cette activité avec de la rancoeur n’a pas compris : l’investisseur n’aura pas compris que les risques sont élevés et difficilement maitrisables, le porteur n’aura pas compris que tout le monde ne va pas tomber en pâmoison devant son projet.

De ce côté aussi il reste fort à faire et beaucoup à apprendre, la première étant que la contrainte va devenir grandissante, que ce soit celle de fournir des pièces pour que l’analyse se fasse rapidement (oui, le retard peut aussi être du fait de l’entrepreneur) ou celle de faire un minimum de reporting. Pour rappel, même le freestyle comporte de la gravité! 

Quid de l’emprise terrible des investisseurs sanguinaires et des pactes d’actionnaires digne d’un Faust? Sortons des mythes urbains et des théories du complot. Un pacte donne la stabilité nécessaire à l’éclosion et à la croissance de la jeune entreprise. Pour ce qui est des investisseurs , c’est comme pour le capital risque ou le capital investissement : c’est une question d’individus.  A chacun de trouver « l’âme soeur » pour ce long périple jusqu’à la sortie! 

L’investissement, c’est comme une gamme d’avion, il en faut de toute sorte, tous se complètent. Les business angels sont essentiels pour revendiquer une quelconque prépondérance dans  un écosystème innovant, tous comme le sont les autres solutions telle que le financement participatif. Il faudrait même plus de business angels sur la région (tout comme il faudrait plus de projets)!

Mais tout ceci ne peut venir sans modestie, de la part des uns et des autres. A trop penser que l’on règne sur le passé, on perd pieds, à trop penser que l’avenir nous appartient, on ne voit plus le présent. 

Capitole Angels a peut-être investi récemment auprès de Kima. Un projet prometteur dans la mobilité urbaine leur est peut-être passé sous le nez il y a peu. Mais qui le saura si l’échange n’est pas plus franc et que personne cherche à dépasser sa zone de confort?

Philippe Cartau

 

photo: P. Cartau