Le 15 novembre, des membres de l’association les Hacktivateurs sont intervenus à l’occasion d’une table ronde organisée chez Safran dans leur locaux de Blagnac.

Plusieurs dizaines de salariés de Safran ainsi que de nombreux externes ont pu profiter des témoignages riches et complémentaires  des intervenants. La séance de questions n’a d’ailleurs pas suffit à répondre à toutes les interrogations.

L’innovation et l’intrapreneuriat sont intimement liés dans la mesure où un salarié ne va pas monter une offre similaire en interne.

Cependant, contrairement à ce que certaines entreprises croient, il est très improbable que ces projets constituent des relais de croissance. L’intérêt de l’intrapreneuriat est d’apporter du sens, de l’intelligence et de l’alternative.

Du sens car dès lors où l’on évolue dans des marchés à maturité avec peu d’espace de différenciation, la tendance vers les procédures et la déshumanisation des tâches est omniprésente. Porter un projet qui répondra par définition à un besoin donnera du sens et permettra de sortir de la “déshérence”.

De l’intelligence, car dès lors où ce n’est plus l’inertie qui nous porte, on se rend compte de la porté réelle de notre maitrise des éléments, moins importantes qu’on ne voulait le croire ; mais dès lors nous sommes réellement en mesure de faire appel à notre intelligence et de la faire progresser.

Des alternatives, car certains marchés à saturation n’offrent en soit que peu de perspectives : la maturité technique par exemple fait que la stratégie de réduction des coûts est la seule solution envisageable. Dès lors se former par l’expérience prépare le salarié à sortir du cocon et à voler de ses propres ailes.

L’entreprise a tout à y gagner. Le salarié retrouve du sens, agit en bonne intelligence, et la rupture est moins dure, elle peut même être constructive dès lors où le projet se concrétise.

Mais il faut impérativement quelques ingrédients : du temps, de l’espace, du réseau, de la pertinence.

L’innovation prend du temps, beaucoup plus de temps qu’on ne le croit. L’architecture d’une innovation peut prendre une ou deux années. Souvent c’est une phase de réflexion et d’évangélisation profonde qui nécessite plus de la maturation des idées que celle du produit. Travailler à mi-temps et même à 80% de son temps sur son job “titulaire” n’est pas anormal. Ensuite il faudra un ou deux ans pour engager et formaliser.

L’innovation nécessite de l’espace de mouvement, dépourvu de contraintes procédurières. L’intrapreneur est porté par l’entreprise, il n’est pas couvé en son sein. Sa force réside justement dans les risques qu’il ou elle affronte.

Le réseau est essentiel, car c’est lui qui doit ouvrir les portes aux conseils, et surtout aux utilisateurs potentiels.

La pertinence dans le suivi est critique. Un projet innovant ne peut progresser sans avoir d’échéance. Toute la question est de définir les bonnes échéances au bon moment. La méthode C-MRL peut s’avérer très utile en l’occurence. Elle définit les étapes et permet de définir des jalons évolutifs, en lien avec la maturité de la solution. A chaque jalon de l’échelle de 1 à 9, l’intrapreneur doit atteindre un objectif d’engagement de la part d’utilisateurs. Cet engagement se doit d’augmenter à chaque étape.

Au final, quelle que soit l’approche, l’intrapreneuriat a le potentiel de devenir un axe vital, voir une cause nationale. Les objectifs et les attentes des salariés et des entreprises doivent donc converger pour éviter les désillusions de part et d’autre. C’est un projet de société innovant auquel il faut donner du temps, sans penser que la félicité tombera du jour au lendemain. Demandez à Safran, l’histoire du CFM ne s’est pas faite en une nuit!